Maladie de Sjögren : deux études de phase III ouvrent la voie au premier traitement spécifique
Pour la première fois, deux essais cliniques internationaux de phase III démontrent l'efficacité d'un traitement ciblé chez des patients atteints de formes systémiques modérées à sévères de la maladie de Sjögren. Les études montrent que le ianalumab, un biomédicament ciblant le récepteur du BAFF (B-cell Activating Factor), réduit significativement l'activité de la maladie tout en présentant un profil de tolérance favorable. Ces résultats, issus des études NEPTUNUS 1 et NEPTUNUS 2 coordonnées notamment par le Pr Xavier Mariette, chef du service d’immuno-rhumatologie de l'hôpital Bicêtre AP-HP, de l'Université Paris-Saclay et de l'Inserm, ont été publiés le 21 octobre 2026 dans le New England Journal of Medicine.
La maladie de Sjögren est une maladie auto-immune qui touche environ 0,1 % de la population, avec une prédominance féminine (neuf patients sur dix sont des femmes). Elle se caractérise par une infiltration de cellules immunitaires au niveau des glandes salivaires et lacrymales, responsable d'une sécheresse buccale et oculaire, de douleurs articulaires et d'une fatigue souvent importante. Chez près de 40 % des patients, la maladie s'accompagne de manifestations inflammatoires systémiques pouvant atteindre différents organes. Les formes les plus sévères exposent également à un risque accru de lymphome, qui concerne 5 à 10 % des patients au cours de l'évolution.
La maladie peut survenir de façon isolée ou être associée à d'autres maladies auto-immunes, comme le lupus systémique, la sclérodermie ou les myopathies inflammatoires. Elle est marquée par une activation excessive des lymphocytes B, un mécanisme clé de sa physiopathologie. Un des mécanismes importants de cette activation est l’augmentation de la cytokine BAFF, mise en évidence par l’équipe du Pr Xavier Mariette, chef du service d’immuno-rhumatologie à l’hôpital Bicêtre AP-HP, professeur de rhumatologie à l’Université Paris-Saclay, et directeur de l’équipe auto-immunité au sein du laboratoire immunologie des maladies virales, auto-immunes, hématologiques et bactériennes (IMVA-HB – Univ. Paris-Saclay/Inserm/CEA) (Mariette X et al, Ann Rheum Dis 2003). Jusqu'à présent, aucun traitement spécifique n'avait démontré son efficacité dans cette maladie.
Les essais de phase III NEPTUNUS 1 et NEPTUNUS 2 ont évalué l'efficacité du ianalumab chez des patients présentant une maladie de Sjögren isolée avec activité systémique modérée à sévère et des auto-anticorps caractéristiques de la maladie. Dans les deux essais, le critère principal était l'évolution du score d'activité systémique ESSDAI.
Ces résultats illustrent l'apport de la recherche translationnelle dans l'identification de nouvelles cibles thérapeutiques pour les maladies auto-immunes complexes. Ils ouvrent la perspective, pour la première fois, à un traitement spécifiquement indiqué chez les patients atteints de maladie de Sjögren présentant une activité systémique modérée à sévère.